Senken Shimbun (Jan 6, 2026)

(Article paru dans le Senken Shimbun, 6 janvier 2026 – Takayo Matsui)

« Les vêtements sont la mémoire d’une vie »
Pénélope ouvre une nouvelle voie du vintage

Alors que l’engouement pour le vintage ne cesse de croître, la maison de ventes en ligne PENELOPE’S, fondée en septembre dernier par Pénélope Blanckaert, figure reconnue du monde des enchères de mode depuis plus de vingt ans, suscite une attention croissante.

« Les vêtements contiennent la mémoire de la vie de quelqu’un. Ce qui me touche dans ce métier, c’est de pouvoir entrer en contact avec ces histoires », confie-t-elle. Sa voix laisse transparaître la passion pour la mode qui l’anime depuis ses jeunes années.

Transmettre une manière de porter

Après avoir fait ses armes chez Saint Laurent à l’époque de Stefano Pilati, c’est presque par hasard que Pénélope découvre le monde des enchères — une rencontre décisive.
« Être face à des vêtements réellement portés par quelqu’un m’a semblé immédiatement naturel. »

La singularité de PENELOPE’S réside dans son approche profondément éditoriale de la vente aux enchères.
« Les jeunes générations aiment le vintage, mais hésitent souvent sur la manière de le porter. C’est pourquoi nous proposons des silhouettes associant ces pièces à du denim ou du sweat, afin de les inscrire dans une garde-robe contemporaine. »

Les pièces ne sont jamais présentées isolément, mais comme des looks à part entière, permettant de relier le passé au présent. Documents, images d’archives et références historiques accompagnent également les lots.
« Lorsqu’on comprend comment un vêtement était porté à l’époque, sa perception change complètement. »

Cette approche curatoriale appliquée aux enchères explique l’adhésion croissante d’un public plus jeune.

Le digital comme accélérateur

La digitalisation joue également un rôle clé.
« Nous sommes entrés dans une ère où l’on enchérit depuis le monde entier, à travers un écran. Il était donc essentiel que les photographies, le site et même le référencement soient pensés pour la mode. »

Ce souci du détail, difficile à mettre en place dans les grandes maisons de ventes traditionnelles, a encouragé Pénélope à créer sa propre structure. Les pièces proposées vont des grandes maisons de luxe aux créations de John Galliano ou Alexander McQueen.
« Chanel et Hermès se vendent sans explication. Mais ce qui nous intéresse, ce sont les pièces porteuses de sens et de contexte. »

Les bijoux Dior de l’époque Hedi Slimane attirent notamment de nombreux enchérisseurs japonais, confirmant l’importance stratégique du marché asiatique.

Une évolution du regard des maisons

Un changement s’opère également du côté des maisons de mode.
« Rabanne a accepté pour la première fois de collaborer à une vente aux enchères de ses archives de l’époque du fondateur. L’idée que les maisons considèrent les enchères comme un adversaire est en train de disparaître. »

Pour Pénélope, l’enchère n’est plus seulement un lieu d’acquisition exceptionnelle, mais un espace où les vêtements peuvent « vivre une nouvelle vie ».
Sa vision redéfinit le vintage, non comme une simple revente, mais comme une transmission vers l’avenir. Les vêtements du passé recommencent ainsi à parler au présent. PENELOPE’S s’impose peu à peu comme un système permettant cette réactivation de la mémoire et du sens.